Vendredi 26 juin 2026 Nos lèpres.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 8, 1-4) : «Lorsque Jésus descendit de la montagne, des foules nombreuses le suivirent. Et voici qu’un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt il fut purifié de sa lèpre. Jésus lui dit : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne l’offrande que Moïse a prescrite : ce sera pour les gens un témoignage. »
La lèpre est une maladie terrible. Vous voyez votre chair se putréfier. Cela sent horriblement mauvais. Cela cause de grandes douleurs au fur et à mesure que les nerfs sont atteints. Cela vous défigure. Cela vous coupe de toute vie sociale. On comprend que la lèpre soit le symbole le plus fort du péché.
Face au lépreux, face au pécheur, quatre attitudes sont possibles : la fuite (Ce n’est mon problème ; moi, je n’ai rien fait), la complicité (c’est comme donner du sucre à un diabétique, donner de l’alcool ou de la drogue à une personne qui est dans l’addiction), ou le mépris (comme pour se faire valoir soi-même, enfoncer l’autre par la culpabilisation), et puis … et puis ….l’amour ingénieux pour l’en sortir (on va trouver une solution). En touchant le lépreux, Jésus introduit dans notre humanité une dynamique qui porte déjà la décision du Père Damien qui demande à partir vivre dans l’île Molokaï où l’on parque les lépreux. Il sait très bien qu’il mourra de la lèpre mais il aura eu le temps de transformer l’île par la grâce de Dieu de l’enfer en un paradis. Le miracle de Jésus porte déjà la vie de Raoul et Madeleine Follereau qui ont fait des lépreux leur famille. Dans une léproserie, il y avait un écriteau : « Il est interdit de serrer la main aux lépreux ». Raoul Follereau dit au directeur en montrant l’affiche : « Mais il n’est pas interdit de les embrasser, n’est-ce pas ? ». Et tous les résidents sont venus embrasser Raoul et Madeleine.
Je vous donne quelques anecdotes pour nous encourager à dépasser nos dégoûts, nos répugnances, nos réflexes de mépris et d’exclusion. Ces premières réactions sont naturelles. Mais elles ne sont pas dignes d’un chrétien si nous nous y acoquinons. Chacune de ces anecdotes contient une solution pour avancer vers la fraternité. Je vous les laisserai deviner.
Le Père Boyle est un curé américain. Sa paroisse est dans un secteur pauvre de Los Angeles. Elle est devenue un refuge pour les immigrants illégaux. Les femmes et les enfants trouvent asile dans le couvent à côté. Des centaines d’hommes sans abri dorment chaque nuit dans l’Eglise, si bien que l’odeur de pieds finit par envahir le bâtiment. Les paroissiens le remarquaient ; mais personne ne disait rien, jusqu’à la décision du Père Boyle d’aborder la question dans son sermon : « Cette église, elle sent quoi ? » Une bonne âme finit par crier la vérité : « Les pieds !- Pourquoi ? – Parce que des sans abri vivent ici – Pourquoi cela ? –c’est ce que nous avons promis de faire. » Et alors l’odeur devint différente. –« ça sent quoi ? « Ca sent notre engagement. » Finalement, une femme cria : « Ca sent la rose ! » L’église, bondée, hurla de rire. Ces hommes venaient de trouver une nouvelle parenté, qui adoptait l’odeur d’autres gens comme sa propre odeur. La puanteur n’avait pas changé mais seulement la manière dont on la percevait.
Blandine, 5 ans, légèrement handicapée, souffre de rejet dans son école. Elle n’a pas d’amie. Personne ne veut jouer avec elle. Sa mère vient de rencontrer l’institutrice à ce sujet. Elle s’abaisse à la hauteur de sa fille et lui dit en ouvrant les bras : -ça va, ma chérie ? -Ne t’inquiète pas, Maman. Jésus est dans mon cœur. Il se repose.
Grégoire, 12 ans et demi, suit une chimiothérapie. Ayant perdu ses cheveux, il se rend à l’école sans foulard sur la tête. Dans la cour de récréation, deux enfants se moquent de lui. Grégoire baisse les yeux. Un des garçons lui lance : -De toute façon, tu vas mourir ! Un surveillant, passant par-là : Hep, toi là-bas ! Te rends-tu compte de ce que tu viens de dire ? Grégoire intervient avec une humble douceur : -Laissez, Monsieur. Il doit beaucoup souffrir pour dire des choses aussi méchantes.
Récemment, une personne racontait qu’elle était allée à la maison de retraite voir des amies. Elle s’en allait quand elle en trouve une dans le couloir. Cette personne lui dit : « Je viens de recevoir ce paquet de gâteaux ; je ne sais pas qui me l'a donné. » Vous vous rendez compte : c'est moi qui venais de le lui donner ! ça m'a fait de la peine j'en aurais pleuré ! » Le soir, dans sa prière, le Seigneur l'a renvoyé au prophète Osée 2, 7-10 « Tu n'as pas reconnu que c'est moi qui te donne le blé, le moût, l'huile fraîche, qui te prodigue cet or et cet argent... »
Faire de l’humour, se mettre en Jésus, penser que si quelqu’un est méchant c’est qu’il a une épine dans le dos, en profiter pour se remettre en question, autant de réflexes pour vaincre nos lèpres.
Les bonus : Le Sacré-Coeur sur le drapeau français : Claire Ferchaud 🇫🇷