Vendredi 24 juillet - A l’image de l’image.

Une petite fille vient voir sa maman à la cuisine : ‘Maman, comment est-ce que je suis née ?’ La maman répond un peu embarrassée : ‘une cigogne t’a apportée’. ‘Ah bon, et mamie ?’ ‘Ses parents l’ont trouvée dans une rose.’ ‘Et le papa de mamie ?’ ‘Dans un chou’. La petite fille retourne dans sa chambre, où elle faisait ses devoirs. Elle note sur son cahier : ‘Il n’y a pas eu de naissance normale dans la famille depuis trois générations.’

Quel mystère la transmission de la vie, et quelle splendeur ! Le psaume 8 nous invite à l’émerveillement devant la grandeur de l’homme que Dieu a voulu «  à peine plus petit qu’un Dieu ». Si vous me permettez une anecdote un peu crue : j’étais vicaire à Yssingeaux et j’étais à table avec mes frères prêtres notamment le Père Charles, curé et aussi grand théologien avec des allures de paysan. La veille, j’avais visionné ce chef d’œuvre qu’est le documentaire de France 2 « L’odyssée de la vie » où l’on suit la gestation d’une petite Giuglia dont les parents sont tous les deux soigneurs et dompteurs de dauphins. Leur histoire est très belle et on voit en parallèle la formation de la petite Giuglia grâce aux images de synthèse. Une splendeur. Et je dis alors à table mon émerveillement devant le mystère de la transmission et de la conception de la vie.  Nous étions entre hommes. Le Père Charles rebondit : « Oui, c’est merveilleux de penser qu’à partir de deux petits bouts de viande, on obtient une personne ; le résultat est absolument sans proportion avec le début »… ! Dieu a voulu l’homme « un peu moindre qu’un Dieu » dit le psaume 8 … !!

Quand on va voir un nouveau-né à la maternité, il faut dire à qui il ressemble… -« Je trouve qu'il a des airs de sa grand-mère… »  - « Moi, je trouve que c'est tout-à-fait son père… » - « A Moi, il me fait penser à son arrière-grand-père maternel. Il a bien ses traits. » - « Il a le sourire de sa tante… » - « Il ressemble à son grand frère. C'est bien le même moule… »

Saint Ambroise de Milan, lui, dit qu'il y a une façon de ne pas se tromper, c'est de dire qu'il ressemble à Dieu… Il est à l'image et à la ressemblance de son Père des Cieux. Il est plus enfant de Dieu qu'enfant de ses parents…

Et un enfant baptisé ? Au sortir du baptême, Le Père regarde le petit enfant comme s'il venait de souffrir personnellement la Passion de Jésus : « Celui-ci est mon fils bien-aimé que j'ai imprégné de tout mon amour. »

Un chrétien est un « born again » comme disent les Anglo-saxons, un « Né de nouveau ». Pour certains, cette expérience de foi constitue un retournement spectaculaire souvent avec beaucoup d’émotion. Pour tous , c’est la promesse d’une vie renouvelée, une vie au quotidien « pas comme avant ». On peut faire le parallèle avec la naissance physique, parce que la naissance dans l’Esprit-Saint nous fait entrer dans une nouvelle Famille. Ainsi le nouveau-né va découvrir qu’il a un papa et une maman. Avouons que pouvoir dire papa et maman, c’est tout autre chose que de pouvoir dire « nounou » dans une structure de la DDASS, et même dans une famille d’accueil.

Un de mes neveux adoptés à l’âge de 2ans et demi ne s’est exprimé qu’assez tard après son arrivée dans la famille, mais quand il a pu prononcer les mots « papa » et « maman » il les disait des dizaines de fois par jour, jusqu’à ce que papa ou maman lui répondent, et il recommençait.

Jésus, par l'Esprit Saint, nous donne accès au Père. Lors du décès du Prince Rainier, la presse avait rappelé certains de ses titres : Prince Souverain de Monaco, Duc de ceci et encore de cela, Comte d’ici et de là, , Baron ,  Seigneur, Sire, Marquis .... Mais pour ses enfants Albert, Stéphanie et Caroline, j’imagine qu’ils l’appelaient ‘papa’. Nous avons cette intimité de l’enfant avec son père.

Mais qu’est-ce qui distingue un chrétien de Jésus ?

une seule petite lettre avec un accent grave : il ne s’agit même pas d’une consonne, mais d’une petite voyelle : Une petite préposition… saint Paul dans son Épître aux Colossiens (1,15) dit que « le Christ est l'image du Dieu invisible. »
Chacun est à l'image de Dieu. Jésus, lui, est «  l'image de Dieu. »  Sans préposition . Jésus est « l'image de Dieu » parce qu'il rend visible son Père. L'épître aux Hébreux dit qu'il est le « resplendissement de sa gloire, l'effigie de sa substance » (He 1,3). Saint Paul ajoute : « En lui réside corporellement la plénitude de la divinité » (Col 2,9). Saint Jean dit qu'il est « l’exégète » du Père : « Dieu, personne ne l'a jamais vu. Mais Celui qui est éternellement tourné vers Le Sein du Père est venu nous le raconter. » (Jn 1,18)  Bref, les apôtres ne savent pas quelles expressions employer pour dire l'incroyable. Saint Irénée a cette formule un peu compliquée : « Le Père s'est montré par le Verbe en personne devenu visible et palpable... Tous ont vu le Père dans le Fils. Car ce qui était l’invisible du Fils était le Père, et le visible du Père était le Fils. »

Un de mes professeurs de théologie, le Père Gustave Martelet, expliquant cette différence entre le Christ et les autres hommes, disait : « Le Premier-né de toute créature, c'est le Christ. Le commencement, c'est le Christ. Le Premier de la série, c'est Le Christ. L'Alpha, (première lettre de l'alphabet grec) c'est le Christ. Ce n'est pas Adam. » Et il ajoutait : « Adam n'est que  alpha ’ (alpha prime) » ...  Un étudiant malicieux a apporté une correction en disant : « Il vaudrait mieux dire que « Adam est Bêta. »  (C'est la deuxième lettre de l'alphabet et cela signifie aussi : un peu sot). »  Le prototype, c'est Jésus. Nous sommes à l'image de l'Image de Dieu.

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