24 janvier 2026. Le mystère d’une personne.
« En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger. Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. » (Mc 3, 20-21)
Nous pouvons être un peu offusqués de l’ingérence des « gens de chez lui » dans les affaires de Jésus. Ses proches, en effet, pensent qu’il est devenu fou, qu’il a perdu la tête ; et ils veulent le sauver. On ne peut percer un peu le mystère de Jésus qu’avec la grâce. Mais la réaction de ses proches nous donne l’occasion de parler de la façon d’approcher le mystère de toute personne. Pour cela, il faut savoir une ou deux choses. Par exemple il est important de savoir que nous sommes tous à trois couches. Pour entrer dans le mystère d’une personne il faut connaître patiemment les trois couches de sa personnalité.
La première est ce qu’on appelle la façade c’est à dire l’aspect extérieur, ce qui nous saute aux yeux. Comme notre cerveau est sans cesse en train d’évaluer, dès que nous voyons une personne, il nous vient des idées sur elle. Quelquefois, nous sommes assez stupides pour nous en tenir à la façade. Et nous donnons des surnoms à partir du physique : « Le gros, la girafe, le rouquin, le grand dégingandé, le chauve, le chevelu, le bègue, … » et d’autres surnoms encore moins amènes. Des personnes porteuses de handicaps physiques sont facilement considérées comme si elles souffraient aussi de handicaps mentaux. Par exemple, bien des personnes qui sont en fauteuil roulant et qui sont accompagnées par une personne valide disent que des inconnus qui veulent un renseignement s’adressent à la personne qui est debout mais ne tiennent pas compte d’elles. Or la façade ne dit pratiquement rien de la personne. Vous pouvez avoir un physique de top model et être d’un égocentrisme insupportable. Vous pouvez avoir un handicap physique très invalidant et être d’une intelligence supérieure. On connaît Stephen Hawking (prononcé [ˈstiːvən ˈhɔːkɪŋ] ), physicien théoricien et cosmologiste britannique. Ses livres et ses apparitions publiques ont fait de ce théoricien de renommée mondiale une célébrité. Or son corps était très déformé. De même Alexandre Jollien : une démarche empruntée, une parole malhabile, mais une intelligence acérée et une humanité vibrante. Il doit les deux premières à un accident de naissance : quelques instants sans oxygène l’ont condamné à l’étiquette d’IMC (infirme moteur cérébral). Mais ses livres sont des pépites.
Sous la façade, il y a aussi la carapace. La carapace pour une tortue ou un escargot c’est formidable parce qu’elle protège mais c’est désagréable parce que ça cache ; nous avons tous une carapace et elle peut cacher notre personnalité même à nos propres yeux. Toute leur vie, certains se croient « timides » ou « « en trop » ou « imposteurs » ou « clown » etc etc.. La carapace est appelée aussi « les masques » ou « les étiquettes » ou encore « le personnage » (qui empêche de voir la personne qu’il cache). Comment se forme la carapace ? Prenons un cas : Victor a un frère aîné brillant ; à côté de ce frère, il se sent un peu inexistant, il ne trouve pas sa place, d’autant plus qu’il y a toujours quelqu’un de son entourage, une grand-mère, un oncle, un de ses parents, sans doute bien intentionné mais très maladroit pour lui dire : « pourquoi ne fais-tu pas comme ton frère ? Lui, il y arrive bien ! » Eh oui, son grand frère a fait tous les apprentissages facilement, il a marché tôt, il a parlé tôt, il est très soigneux, il range ses jouets ; Victor, lui, a plus de mal, il comprend moins vite, il est maladroit, il est plus turbulent. Et du coup, il complexe. Et puis un jour, en CE2, en sortant sans le vouloir, une petite sottise, il fait rire toute la classe : Euréka ! il vient de trouver le moyen d’exister ! Victor va devenir le clown de service, le meneur qui occupe la place en faisant rire. Et quelques années plus tard, les professeurs sont obligés de lui dire : Victor tu nous as bien fait rire mais maintenant ça suffit. Mais beaucoup veulent être avec lui : « Avec Victor on se marre trop » Or Victor n’est-il qu’un clown ? Non, c’est sa carapace, son personnage, son étiquette, son masque. Un tel vivra en pensant « je n’intéresse personne ». Un autre sera le chahuteur ; un autre l’intello, un autre encore le « sans problème » ou au contraire « à problèmes »…etc etc…
Mais derrière cette carapace, il y a notre trésor, notre caverne d’Ali Baba. Ali Baba ne savait pas qu’il possédait un trésor. Il ne voyait que des rochers. Il l’a su le jour où il a entendu un voleur prononcer le sésame. Comment allons-nous découvrir notre trésor ? Si on demandait à chacun : dis-moi une de tes qualités, il ne saurait pas répondre car on voit plus facilement ses défauts. On doute de soi. On va découvrir le trésor en entendant le bien que les autres disent de nous, en accueillant sans fausse modestie les qualités qu’ils apprécient en nous. En guettant les « voleurs » et surtout ce qu’ils viennent prendre auprès de nous. Quand une personne vous dit « merci pour votre paix » ou bien « j’ai apprécié votre écoute » ou bien encore «Ce jour-là vous m’avez éclairé ou réconforté », c’est que dans votre trésor, il y a de la paix, une capacité à écouter, à conseiller, à consoler. Le Seigneur n’a raté personne à la distribution. Chacun est un trésor, une caverne d’Ali Baba souvent hélas inexplorée.
Souhaitons que « les gens de chez lui » comme dit la traduction de l’évangile aient fini par dépasser la façade et la carapace, pour entrevoir le Mystère extraordinaire de Jésus.
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