Lundi 24  février 2025 Incommensurable

Lecture du livre de Ben Sira le Sage (Si 1, 1-10) : « Toute sagesse vient du Seigneur, et demeure auprès de lui pour toujours. Le sable des mers, les gouttes de la pluie, et les jours de l’éternité, qui pourra en faire le compte ?  La hauteur du ciel, l’étendue de la terre, la profondeur de l’abîme, qui pourra les évaluer ? Avant toute chose fut créée la sagesse ; et depuis toujours, la profondeur de l’intelligence. La source de la sagesse, c’est la parole de Dieu au plus haut des cieux. Ses chemins sont les commandements éternels. La racine de la sagesse, qui en a eu la révélation, et ses subtilités, qui en a eu la connaissance ? La science de la sagesse, à qui fut-elle manifestée, et qui a profité de sa grande expérience ? Il n’y a qu’un seul être sage et très redoutable, celui qui siège sur son trône. C’est le Seigneur, lui qui a créé la sagesse ; il l’a vue et mesurée, il l’a répandue sur toutes ses œuvres, parmi tous les vivants, dans la diversité de ses dons, et ceux qui aiment Dieu en ont été comblés. »

Quel texte magnifique qui nous invite à l’émerveillement ! Dans l’introduction d’un de ses livres, le cardinal de Lubac raconte que, « dans la cour de récréation, au sortir de la chapelle, un enfant se moquait du sermon qu’il venait de subir… Pauvre sermon, comme tant d’autres. Voulant dire quelque chose de Dieu, le prédicateur avait abreuvé son jeune auditoire d’un flot mêlé de formules abstraites et dévotes, produisant, sur ceux dont l’esprit n’était point assoupi, l’effet le plus ridicule. Le surveillant, qui était un homme de Dieu, appela le moqueur et, plutôt que de le rabrouer, lui demanda doucement : « Avez-vous jamais songé qu’il n’y a rien de plus difficile que de parler d’un tel sujet ? »  L’enfant n’était point sot. Il réfléchit, et cet incident fut pour lui comme la première prise de conscience du mystère, du double mystère de l’homme et de Dieu. »  Cet enfant ne s’appelait-il pas Henri de Lubac ? Il ne faut jamais oublier que, quelle que soit notre prudence et notre intelligence, on ne parlera de Dieu que par approximation. Saint Colomban écrit : « Dieu est partout, tout entier, immense. Mais, qui pourra suivre le Très-Haut jusqu’en son être inexprimable et incompréhensible ? Qui scrutera les profondeurs de Dieu ? Qui risquera de traiter de l’origine éternelle de l’univers ? Qui se glorifiera de connaître le Dieu infini qui emplit tout et enveloppe tout, pénètre tout et dépasse tout, embrasse tout et se dérobe à tout, lui que personne n’a jamais vu tel qu’il est ? Que nul n’ait donc la présomption de sonder l’impénétrable profondeur de Dieu, le quoi, le comment, le pourquoi de son être. Cela ne peut être ni exprimé, ni scruté, ni pénétré. Crois simplement, mais avec force, que Dieu est et qu’il sera tel qu’il a été, car Dieu est immuable.»  Saint Justin dit aussi : « Personne n’est capable d’attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole, et si quelqu’un ose prétendre qu’il en a un, il est atteint d’une folie mortelle. Ces mots : Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et par ses œuvres. Le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable. » 

            On raconte qu’un marchand de vaches voulait absolument acheter une vache très précise à un paysan. Celui-ci ne voulait pas la lui vendre mais le marchand était tellement insistant, tellement crampon, que le paysan lui dit : « C’est d’accord ; mais alors, pour le prix, je te propose ce marché : chez moi, il y a un escalier en bois qui monte au grenier. Il y a vingt-deux marches. Quand tu viendras chercher la vache, tu mettras un franc sur la première marche, puis tu doubleras : deux francs sur la deuxième, quatre francs sur la quatrième, huit francs sur la cinquième… etc… Le marchand fait un rapide calcul : à la huitième marche il est à 128 francs seulement. Trop content d’avoir enfin la vache, il accepte le marché. Mais une fois chez lui, en calculant mieux, il s’est aperçu qu’il lui faudrait mettre plus de quatre millions de francs sur la vingt-deuxième marche. Pour une vache il avait été bien imprudent… ! Une autre histoire semblable. Un jeune garçon sauve la vie d’un calife. Le calife magnanime promet de le récompenser. L’enfant n’a qu’à dire ce qu’il veut. L’enfant va simplement chercher le damier pour jouer aux échecs, et il dit au calife qu’il aimerait être récompensé en grains de blé : qu’il mette un grain de blé sur la première case puis deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, huit sur la quatrième et ainsi jusqu’à la soixante quatrième. Il suffit de doubler à chaque fois. Le calife se met à rire bruyamment. « C’est tout ? Mais, j’aurais pu t’offrir bien plus ! »… Seulement voilà. Avec ce système-là, arrivé à la soixante-quatrième case, il faudrait l’équivalent en grains de blé d’un cube qui aurait dix kilomètres de côté par dix kilomètres de hauteur, c’est-à-dire la superficie de la France sur une hauteur d’un mètre. Conclusion : Méfiez-vous des mathématiques. Méfiez-vous aussi de Dieu quand il vous parle de centuple, de vie éternelle, et de résurrection. Dieu est plus magnanime que nous. Avec lui, on sera toujours surpris. Avec lui il faut toujours voir plus haut, plus grand, différent.

Les bonus : CHÈVRES DE MONTAGNE – Défient la gravité uniquement avec leurs sabots !