Dans le silence ou dans la tempête.

On peut faire une observation : il y a comme une contradiction entre la la page archiconnue du prophète Elie qui découvre Dieu seulement dans le murmure d’une brise légère et l’évangile de la tempête apaisée. Avec Elie,  il nous est dit que le Seigneur n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Le prophète Elie le trouve dans le silence, dans le murmure d’une brise légère. Et dans l’évangile, le Seigneur est bel et bien dans la tempête. Il se présente au moment où « la barque était déjà à une bonne distance de la terre, qu’elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. » Cela me fait penser à la petite histoire qui dit que le vent était tombé amoureux d’une petite vague de la mer. Un jour, passionné, il dit à sa princesse : « Ma petite vaguelette, que veux-tu que je te fasse ? Un typhon ? Un ouragan ? une tornade ? une tempête ? … Elle lui répond d’une voix douce : « J’aimerais mieux que tu me fasses une petite bise »… Le Seigneur veut nous faire des baisers dans notre cœur ; pour que nous les ressentions, il faut que nous nous arrêtions, comme le prophète Elie ou comme Jésus après ses journées harassantes, que nous fassions silence, que nous maintenions nos cœurs à l’écoute, à l’écart des vacarmes du monde.

Il n’empêche que la contradiction entre la première lecture et l’évangile n’est pas résolue. Qu’est ce qui fait que le Seigneur est présent désormais non pas seulement à l’écart de nos vies mais aussi dans tous nos tourments ? C’est la présence de l’Eglise représentée par Pierre et les autres apôtres dans la barque. Face à la souffrance, il y a la position d’un Albert Camus qui dit que tant qu’il y aura des enfants innocents qui seront écrasés par des camions, il ne croira pas en Dieu. Il y a aussi l’attitude de la femme syro-phénicienne de l’évangile dont la fille est très malade : devant l’apparente indifférence voire dureté de Notre Seigneur (« Femme, que me veux-tu ? je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdue d’Israël ! Il n’est pas bon de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux petits chiens »), elle ne se laisse pas impressionner et elle continue de prier, de supplier. L’Eglise est aussi décontenancée que Albert Camus, par l’apparent silence du Seigneur, mais elle continue de lui faire confiance. L’Eglise est même chargée par le Seigneur d’être présente particulièrement quand la barque est agitée par la tempête. 

En voilà un témoignage.   Précisons que les tempêtes que nous pouvons traverser sont très variées, et elles ne se conjuguent qu’à la première personne du singulier. Une chrétienne d’une quarantaine d’années avait demandé à l’Eglise catholique de la « débaptiser ». Le baptême ne peut pas être effacé mais l’Eglise peut inscrire en marge du registre de baptême que la personne a demandé d’être radiée des registres. Elle renie son baptême. (Dans les temps anciens on appelait ces chrétiens des « apostats »). Et puis voilà que cette personne participe aux funérailles de sa grand-mère et soudain elle se dit : «  Mes grands-parents vont participer au Banquet éternel du Seigneur et moi j’en serai exclue !… » Elle dit à un prêtre son désir de revenir dans l’Eglise, mais  il ne tient pas vraiment compte de son tourment. Un autre lui dit que « c’est compliqué », qu’il ne voit pas ce qui peut être fait. Trois ans passent, elle n’est pas en paix. Mais un jour, par Providence, elle tombe sur un aumônier militaire qui prend son affaire très au sérieux. Il lui demande de s’abstenir de communier, jusqu’à ce qu’elle se soit confessée et reçu l’absolution. Ce qu’elle fait avant une messe au cours de laquelle elle est invitée à refaire sa renonciation au mal, et sa profession de foi baptismale. Elle signe très officiellement sa réintégration dans l’Eglise catholique. Pour elle c’est la paix et l’enthousiasme retrouvés !

Ce témoignage montre plusieurs choses capitales : d’abord, notre vie spirituelle la plus intime a aussi une répercussion au plan ecclésial. C’est ainsi que rompant avec le Christ dans son cœur, elle a voulu le faire écrire en marge de son baptême; et de même, ayant retrouvé le Christ dans son cœur, elle n’était pas en paix tant que l’Eglise ne le prenait pas en compte officiellement.

Ensuite, la fidélité de Jésus. Non seulement le baptême est indélébile, mais lui-même reste fidèle au lien de l’alliance, de sorte que tant qu’on n’est pas mort, on a encore la possibilité de revenir à lui, et il vient nous rechercher par tous les moyens que nous lui laissons encore. Et une fois retrouvés, nous sommes immédiatement rétablis dans notre dignité d’enfants de Dieu.

Enfin, le déclic qui l’a faite revenir a été la perspective de la vie éternelle, et c’est cela qui a le plus touché l’aumônier militaire : l’essentiel de la foi était là, intact, comme dit la Lettre aux Hébreux, c’est l’accès aux choses qu’on ne voit pas, l’espérance des biens à venir.

Si bien que ce qui est à retenir, c’est que si l’on se met en dehors de l’Eglise, on perd l’accès à Jésus; et c’est en revenant à l’Eglise que l’on peut le retrouver vraiment et en plénitude.

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