Samedi 22 mars 2025 Le Père prodigue
On appelle cette parabole la plus connue de Jésus, la parabole du Fils prodigue, mais sans dote vaudrait-il mieux l’appeler la parabole du Père Prodigue. Dieu y est révélé comme le Prodigue. Comme un prodigue il semble jeter son amour par les fenêtres. Comme un prodigue il semble gaspiller sa Miséricorde. Comme un prodigue il prend le risque que les bénéficiaires profitent de lui.
Premier acte : Son fils cadet quitte la maison. Le péché c’est le refus de vivre dans la dépendance, c’est préférer vivre dans l’oubli de Dieu, les dispersions, les distractions pascaliennes. J’absolutisme mon moi, les relations aux autres, le monde (jouissance) la nature (occultisme, drogue…). Quand on retire Dieu, on idolâtre forcément quelque chose.
Deuxième acte : à plus ou moins brève échéance, il tombe dans la déchéance. Il vit dans la famine. C’est la souffrance de ceux qui vont au bout de la dispersion. Ils connaissent le vide qui fait dire : « je n’ai plus rien à perdre »
C’est une image de la déchéance de son humanité.
Il aurait bien voulu les gousses mais personne ne les lui donnait. Ce dont il a faim, c’est le don, la relation d’amour.
On peut penser que pour le moment il ne ressent pas plus que la « contrition de l’estomac ». Dieu s’en contente.
Comment cela se fait-il que ce Père ait deux garnements qui n’aient rien compris ? On peut penser que c’est parce qu’il manque la maman. D’où l’importance de prendre chez soi, comme saint Joseph, La Vierge Marie.
Par le fils cadet, Jésus nous met en scène la pauvre humanité qui ne connaît que comme un cyclope, ces personnages de la mythologie qui n’ont qu’un seul œil. Le cadet cyclope fait sa mise en scène. Il cherche le ton. Il apprend son petit laïus… Le rideau tombe.
3ème acte… le Père l’attendait. Tous les jours avec un petit escabeau, il allait au bout du jardin, il installait l’escabeau, montait dessus pour scruter l’horizon et voir si le fils ne revenait pas . …
« Ce qui m’a fait revenir, c’est le regard de mon papa »
On se rappelle le cri de Dieu, dans le Livre de la Genèse, juste après le péché originel :« Homme où es-tu ? où es-tu ? » Il l’aperçoit, il est pris de pitié : « voilà mon garnement. Faisons celui qui ne voit rien. D’où sors-tu toi ? »
Le Père en fait est un cheik (prononcer chir), un Maître, un Roi. Le protocole lui interdit de courir. Par dignité, pour le protocole, il doit marcher lentement, de façon solennelle.
Or là, il court ! Pour nous donner l’étreinte.
Avec ce père prodigue, on est loin du tribunal du surmoi toujours intransigeant, culpabilisant, moralisateur. Il couvre le fils cadet de baisers. Arrêtez-vous sur cette phrase.
Le fils essaie de dire quelque chose, de redire ce qu’il avait préparé, ce qu’il avait répété. Mais le ton n’y est plus… Car il avait préparé en fonction de ce que lui disait son surmoi… Il est en train de se rendre compte que son Paternel ce n’est pas le surmoi. Vous vous rendez-compte, il dit : « Père »… !
Le Père ordonne qu’on lui redonne sandales, anneau, manteau.
Sandales au pied : seulement les hommes libres ont des sandales.
L’anneau à cacheter : c’est la carte bancaire avec le numéro de code.
Le manteau : nous sommes restaurés dans notre liberté baptismale. Le rideau tombe. On est tous très émus…
Quatrième acte : la confrontation avec le frère ainé qui a des mots très durs. Son frère a trainé « avec des filles ». Nous sommes durs avec les pécheurs parce qu’ils ont fait ce que nous aimerions faire… !
Et cette parole extraordinaire : Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »
« et tout ce qui est à moi est à toi. » C’est la même parole que l’on trouve en Jn 17. A quelques heures de sa Passion, Jésus prie : « Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. »
Quand vous recevez la communion vous pouvez entendre : « tout ce qui est à moi est à toi » et vous répondez « tout ce qui est à moi est à toi ». C’est la réciprocité du don, le Seigneur Esprit-Saint en personne.
Les bonus : « J’ai trop honte de me confesser » : Les secrets d’un prêtre pour une confession réussie !