Jeudi 22 mai 2025 Greffés
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 9-11) : «En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.
Cet évangile fait suite à l’allégorie de la vigne. Poursuivons le commentaire dans ce sens. Le jour de notre baptême nous sommes greffés sur Jésus. Nous devenons petits sarments de la vigne qui couvre maintenant le monde entier. La greffe c’est quelque chose d’assez fascinant. Même si nous ne sommes pas jardiniers, nous en connaissons le principe. Pour réaliser une greffe, il faut un tronc que l’on appelle le porte-greffe et un greffon. Mon père depuis longtemps aime beaucoup greffer. Il y a plusieurs techniques mais en gros, on fait une incision entre l’écorce et le tronc et on y glisse le petit greffon taillé en biseau. Il y a deux blessures l’une contre l’autre. On les entoure d’un mastic spécial et d’un peu de raphia, une espèce de pansement. Quelques semaines plus tard, le greffon se met à bourgeonner. Il est envahi par la sève du porte-greffe et il va pousser, grossir et un jour se mettre à fruits. Avec mes frères nous étions tellement fascinés devant ce miracle du jardinage que nous avions essayé de greffer des genêts avec de la pâte à modeler et de la ficelle. Evidemment, cela n’avait pas marché mais qu’une petite branche morte reprenne vie, cela a de quoi nous émerveiller.
Cependant dans la comparaison avec la vie chrétienne, il y a une différence. Dans le jardinage c’est le greffon qui permet à un arbuste sauvage sans intérêt de produire de bons fruits. Dans le baptême, c’est au contraire le porte-greffe qui change la nature du greffon. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Jésus est l’arbre de vie qui a dans ses mains et dans son côté les incisions pour accueillir les greffons. Par le baptême, la greffe est réalisée. A partir de ce moment-là, le cœur du chrétien est irrigué par l’Esprit de Jésus, par sa sève d’Amour et de Lumière. On comprend alors qu’il ait pu dire : Vous ferez les mêmes choses que moi, vous en ferez même de plus grandes. Cette comparaison nous permet de comprendre le rôle des parents, des catéchistes, des prêtres, de la communauté paroissiale. C’est le rôle du jardinier. Ce n’est pas lui qui donne la croissance, ce n’est pas lui qui transmet la vie mais il doit tout faire pour la favoriser : il mettra un grillage pour éviter que des oiseaux viennent casser le jeune greffon, il mettra un étai pour lui permettre de pousser droit, il l’émondera pour éviter les excroissances.
La greffe est aussi employée en médecine, mais c’est exactement le même principe. La greffe suppose deux blessures, l’une au greffon, l’autre au porte-greffe, et que les deux blessures soient placées l’une sur l’autre. Tout le mystère est là. Il y a la blessure de la passion de Dieu qui est à notre recherche. Et puis il y a la blessure de notre passion, de notre vie. Un coeur blessé contre un coeur qui cherche la vie, c’est ainsi que la greffe de Dieu peut prendre dans l’humanité.
La deuxième vérité dans l’analogie de la greffe, c’est qu’il y a un risque de rejet. Vous savez combien les médecins réfléchissent sur l’immunologie. A la première greffe du coeur il y a eu un suspense mondial : les médecins nous ont révélé que chacune des cellules du corps était marquée d’une empreinte qui faisait que tout l’organisme se mobilisait pour rejeter l’organe greffé. Il y a un véritable combat entre d’une part la volonté qui veut l’organe sauveur, et d’autre part le gouvernement réel qui combat le sauveur, qui combat ce coeur nouveau comme un ennemi héréditaire. On a découvert à ce moment-là que le rejet n’était pas seulement commandé au niveau central de l’organisme mais qu’il était déclenché automatiquement par toutes les cellules du corps. Tout notre organisme se mobilise pour rejeter ce coeur nouveau que nous demandons à Dieu de nous donner. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu.
Trois conclusions : Premièrement, il ne faut pas avoir peur de nos blessures du cœur, c’est à dire de nos fragilités. « Michel Audiard disait : « Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière ». Nos blessures sont des brèches. Nos pauvretés permettent la greffe. A un séminariste qui se lamentait devant Le Seigneur de n’avoir aucune des qualités nécessaires à un prêtre, vu sa timidité, ses difficultés à s’exprimer en public, son manque d’esprit critique. A ce séminariste il a été répondu : Mon enfant, c’est pauvre que je t’ai choisi, c’est pauvre que je te veux Abandonne-toi à moi. C’est parce que tu es pauvre que je peux agir en toi. Quarante après ans après, il est un prêtre apprécié pour sa discrétion, pour son écoute, pour sa bienveillance.
Deuxièmement, nous avons parfois un christianisme qui sent la sueur : il faut faire plus, faire mieux, faire davantage. Une rose ne fait pas d’effort pour répandre son parfum. Elle embaume parce qu’elle est reliée au tronc du rosier. Le chrétien répand la bonne odeur du Christ s’il a le souci premier de rester greffé au Christ.
Troisièmement, puisque nous sécrétons des anticorps, que nous sommes facilement des christianorésistants, il faut recevoir ce que Le Seigneur a prévu pour favoriser la greffe. Souvent c’est la Vierge Marie qui nous aidera à accepter ce cœur nouveau. Elle va nous apprivoiser, nous accompagner.
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