mercredi 22 avril 2026 Transsubstantiation.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 35-40) :« En ce temps-là,
Jésus disait aux foules : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Mais je vous l’ai déjà dit : vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas. Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi,
je ne vais pas le jeter dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour  Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »

Les Juifs se querellaient entre eux :  « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus persiste :  « Amen, amen, je vous le dis : ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » Et quand beaucoup de ses auditeurs partiront, Jésus ne les retiendra pas en disant par exemple : « Attendez, c’est symbolique ! Il ne faut pas prendre tout cela au pied de la lettre ». Et plusieurs siècles plus tard, il va souffler à son Eglise le terme de transsubstantiation. Le mot substance, au sens philosophique, est ce qui répond à la question : « Qu' y a-t-il là-dessous (sub-stans) ? » L’anecdote s’est passée à Colombey-les-deux-églises, On sait que le général de Gaulle était catholique pratiquant. Un jour, il s’est trouvé à la fin de la file de communion. Le prêtre n’avait pas prévu assez d’hosties et, pour que tout le monde puisse communier,  il a dû partager les dernières en deux. Le général n’a eu qu’une moitié d’hostie. A la sortie de l’église, le Père curé  s’excuse de son imprévoyance auprès du Général. Charles de Gaulle lui répond : « Monsieur le curé, le dogme de la transsubstantiation n’a pas changé, que je sache ? »… La transsubstantiation, comme le mot l'indique, signifie l'action-de-transformer-la-substance. Il s'agit donc d'un changement qui est opéré au niveau de la substance des choses, c'est à dire dans leur être-même : la « substance » désigne ici, au-delà des apparences saisies par nos sens, la réalité de ce que les choses sont vraiment. Un tel pouvoir est divin : et Jésus l'a et l'exerce. De fait, Dieu qui a tout créé par sa parole à partir de rien, peut évidemment changer une chose qui existe déjà en une autre chose, tout en en sauvegardant l'apparence première, et notamment la quantité apparente, s'il le veut. Le Christ a montré qu'il avait ce pouvoir lors de son premier miracle, lorsqu’à Cana il a changé l'eau en vin : et saint Jean le raconte avec solennité comme « le premier des Signes qu'il accomplit, il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui », avec référence à son Heure, c'est à dire sa Pâque, et donc suggérant que l'eau changée en vin était une prophétie de la transsubstantiation qu'il opérerait du vin en son Sang au cours de la Dernière Cène. Il a montré ce pouvoir aussi, par deux fois, lors de la multiplication de cinq pains et deux poissons, sans les transformer mais en en dominant la matière pour la multiplier, de même qu'en les faisant distribuer ensemble, il suggérait qu'au-delà de mastiquer le pain il y avait de la chair en nourriture.

Au cours de la Dernière Cène, Jésus substitue à l'agneau l'offrande de sa propre Personne. Non pas spirituellement ni symboliquement, mais réellement. Ce sont désormais son Corps et son Sang qui sont offerts en nourriture, par quoi il se donne réellement lui-même. Pour cela, il institue l'Eucharistie : c'est à dire qu'il opère pour la première fois dans l'histoire, la transsubstantiation, et qu'il donnera aux Apôtres le pouvoir de l'opérer aussi par la suite lors de la consécration à la messe, afin que l'offrande de son Corps et de son Sang en nourriture, soit accessible dans l’Église de génération en génération jusqu'à sa Manifestation glorieuse à la fin du monde. Par sa Parole qui dit et fait ce que sont les choses : « ceci est mon Corps ; ceci est la coupe de mon Sang », et avec la puissance de son Esprit, Jésus transforme la substance du pain et la change en la substance de son Corps ; il transforme aussi la substance du vin et la change en la substance de son Sang. De sorte qu'après la transsubstantiation, ce n'est plus du pain, c'est le Corps du Christ ; ce n'est plus du vin, c'est le Sang du Christ. Mais il n'a pas changé les apparences de ce qui était au début avant le changement, et notamment la quantité : de sorte que les apparences et la quantité de pain sont inchangées, mais c'est devenu son Corps ; les apparences, le cépage et le degré et la quantité du vin sont inchangés, mais c'est devenu son Sang. Les apparences ne sont pas modifiées. Sinon, l'Eucharistie ne serait pas un aliment assimilable. En résumé, parler de transsubstantiation, c'est affirmer que la réalité est modifiée dans son être. Le corps actuel de Jésus est son Corps de Gloire ; dans le Saint Sacrement, il est là, sous une humble apparence. C'est la réalisation suprême en ce monde de sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Quand nous portons la communion, nous sommes porteurs d’une rencontre, de la plus extraordinaire des rencontres entre le Créateur et sa créature, dans le geste le plus ordinaire qui soit de prendre et de manger. Pour le dictionnaire Larousse, est « substantiel » ce qui est nourrissant ou essentiel. L'Eucharistie est bien l'un et l'autre !

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