1er octobre 2026 Sainte Thérèse Patronne des Missions.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « En ce temps-là, parmi les disciples le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit :« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.” S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : “Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.” Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »
Cet évangile n’a pas été choisi exprès pour la fête de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face, sainte Thérèse de Lisieux, mais il convient assez bien ; il met le projecteur sur un de ses « emplois » aujourd’hui : les Missions. Elle est en effet la sainte Patronne des Missions. Comment est-elle missionnaire ? La chasse contenant ses reliques parcourt la terre et chaque fois, des foules nombreuses viennent la vénérer, et les personnes reçoivent des grâces de conversion, de guérison, de consolation, de libération, signes que « le Règne de Dieu s’est approché ».
Sainte Thérèse évangélise par la petite voie qu’elle a permis de repérer dans l’évangile et de mieux comprendre, la voie de l’enfance spirituelle. Petit exemple. Il arrive qu’au cours de notre prière surgissent des idées ou des incidents qui accaparent tellement notre esprit que nous sommes dans la quasi-impossibilité de penser à autre chose.
Dans son dernier manuscrit. Thérèse nous raconte la façon dont elle a réagi à la manie de sa voisine qui, à longueur d’oraison, s’amusait à faire crisser son ongle sur les dents. Notons au passage l’humour avec lequel Thérèse relate la chose : « Longtemps, à l’oraison du soir, je fus placée devant une sœur – nous savons qu’il s’agit de sœur Marie de Jésus – qui avait une drôle de manie, et je pense… beaucoup de lumières, car elle se servait rarement d’un livre, voici comment je m’en apercevais. Aussitôt que cette sœur était arrivée, elle se mettait à faire un étrange petit bruit qui ressemblait à celui qu’on ferait en frottant deux coquillages l’un contre l’autre. Il n’y avait que moi qui m’en apercevais, car j’ai l’oreille extrêmement fine (un peu trop parfois.) Vous dire, ma Mère, combien ce petit bruit me fatiguait, c’est chose impossible ; j’avais grande envie de tourner la tête et de regarder la coupable qui, bien sûr, ne s’apercevait pas de son tic, c’était l’unique moyen de l’éclairer ; mais au fond du cœur je sentais qu’il valait mieux souffrir cela pour l’amour du bon Dieu et pour ne pas faire de la peine à la sœur. Je restais donc tranquille, j’essayas de m’unir au bon Dieu, d’oublier le petit bruit… tout était inutile, je sentais la sueur qui m’inondait et j’étais obligée de faire simplement une oraison de souffrance mais, tout en souffrant, je cherchais le moyen de le faire non pas avec agacement, mais avec joie et paix, au moins dans l’intime de l’âme. Alors je tâchais d’aimer le petit bruit si désagréable ; au lieu d’essayer de ne pas l’entendre (chose impossible) je mettais mon attention à le bien écouter, comme s’il eût été un ravissant concert, et toute mon oraison (qui n’était pas celle de quiétude) se passait à offrir ce concert à Jésus. »
Quel réalisme ! Après avoir essayé un moment de ne pas prêter attention au brut intempestif causé par sa voisine, sainte Thérèse prend le parti de n’écouter que lui et de l’offrir au Seigneur, comme s’il eût été un ravissant concert » ? A partir du moment où l’on se rend à l’oraison pour faire plaisir au Seigneur, peu importe l’état d’âme qu’on éprouve pendant l’heure. Pour lui plaire, mieux vaut sourire que râler ! Mais ce n’est que « dans l’intime de l’âme » qu’on connaît la joie et la paix !
Ses exemples nous entrainent. Ses enseignements nous éclairent. Elle écrit par exemple : « Je ne souffre qu’un instant. C’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir qu’on se décourage et qu’on désespère. » (CJ 19.8.10)
Ou bien notre ressassons le passé dans des sentiments que nous empêchent d’être disponibles aux richesses du présent. Nous passons de la vanité à la tristesse, du regret au remords. Ou bien nous nous inquiétons de l’avenir : nous craignons d’y rencontrer de nouvelles souffrances et des difficultés insurmontables ou nous avons tellement peur de ne pas terminer à temps notre travail que nous le bâclons, quitte à regretter plus tard les erreurs causées par notre précipitation. Il arrive même que la peur de l’automobiliste d’arriver en retard à un enterrement en provoque un autre !
Or il y a toute une mystique de l’instant présent dans l’Evangile. Elle n’élimine pas, loin de là, le devoir de prévoir soigneusement notre avenir car, si Jésus nous demande de ne pas nous faire de souci pour le lendemain – « à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6,34) -, il nous recommande par ailleurs de ne pas vivre comme des vierges folles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Sainte Thérèse, priez pour nous !
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