Mercredi 19 juin 2024 Discrétion et discernement

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 1-6.16-18) : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux ».

Jésus en excellent prédicateur fait dans le registre « humour théâtral » pour dénoncer l’hypocrisie des pharisiens et peut-être décomplexer ceux qui tremblent devant ces « donneurs de leçons ». Prenons chacun des trois chapitres de son exposé pour les illustrer.

« Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. »

Le cardinal François Marty racontait l’anecdote qui lui était arrivée. Il était alors archevêque de Paris. De bon matin, il était allé célébrer l’eucharistie dans une communauté de religieuses. Vers 6h30, il sort de la chapelle où il vient de dire la messe. Il tombe nez à nez avec un garçon très jeune, d’à peine une dizaine d’années, qui tire une petite charrette à deux roues et un brancard chargée à bloc. Or la rue monte beaucoup. Tout en joignant le geste à la parole, le cardinal lui propose de l’aider. Il attrape une poignée du brancard et se met à tirer avec l’enfant. Le chargement est encore plus lourd qu’il ne paraissait. Quand ils arrivent en haut de la côte, l’archevêque de Paris est en nage. Il dit alors à l’enfant : « Mais comment aurais-tu fait si personne n’était venu t’aider ? » – « Oh, répond l’enfant, c’est mon père qui m’a dit : « Tu n’as qu’à partir avec la charrette ; tu trouveras bien un imbécile pour t’aider. » ! Le Père Régis G. disait : « Le chrétien est souvent une « bonne poire », mais il sait qu’il est une bonne poire. » Il le sait et il le veut bien.

« Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Savoir que Dieu est notre Père doit nous remplir d’une immense confiance.
Changer de paroisse n’est pas vraiment facile. On s’éloigne d’amis très chers, on perd ses marques, et les jours qui suivent la nouvelle du changement, on est pris d’inquiétude. Dieu merci, pour moi, il y a eu la béatification à Rome d’Eugénie JOUBERT. Le dimanche matin, je me suis retrouvé comme tout le monde dans l’extraordinaire basilique Saint-Pierre, mais dans une nef latérale loin de tout et sans chaise. Nous avions chacun un petit pliant en carton, ça ne vaut pas un fauteuil mais c’est ultra léger et – détail qui va avoir son importance – cela a 35 cm de hauteur au lieu de 50 pour une chaise normale. Vous voyez à quelle hauteur était ma tête. Comme il reste trois-quarts d’heure avant la messe, je m’assoie et dis mon bréviaire. Mais les gens affluent et mon espace vital se réduit de plus en plus Je suis pressé par une foule d’Italiens venus pour la béatification du Père Claudio. Je vois beaucoup de coudes et de sacs à main à hauteur de ma tête. Et j’entends tout à coup : « Io, mi preoccupo sopratutto di questo bambino » (« Moi je me fais du souci surtout pour cet enfant »). Pour bien confirmer qu’il s’agit de moi, la voisine de cette dame lui dit, parce qu’elle a sans doute aperçu mon bréviaire : « Ma non è un bambino, è un prete ! » (« Mais ce n’est pas un enfant, c’est un prêtre »). Ce jour-là, j’ai reçu une belle leçon sur la confiance du « bambino » à son Père des Cieux.

« Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

L’anecdote s’est passée dans les années 1955-1960. Au séminaire du Puy, une épidémie de grippe sévit. Le tiers de la communauté tombe malade et une vingtaine de séminaristes sont obligés de garder la chambre. C’est l’hécatombe… Paul s’active pour porter les repas, les tisanes et quelques cachets d’aspirine. Avec beaucoup d’humour, il fait mine d’être excédé par ce surcroît de travail et il exhorte ses compagnons avec l’expression de saint Paul : « Il faut mater la chair ». Il leur répète souvent cet enseignement pour dire qu’il ne faut pas trop s’écouter. Finalement, l’infirmier attrape lui aussi la grippe et le voilà obligé à son tour de garder la chambre… Ses camarades guéris, au cours d’une récréation, vont tous sous sa fenêtre et lui crient à leur tour : « Paul, Il faut mater la chair ». A leur grande surprise, ils voient la fenêtre s’ouvrir. Paul apparaît en pyjama, le temps de compléter : « … avec discernement »… Il faut mater la chair avec discernement »…

Les bonus: QUELLE SERA VOTRE PLACE AU PARADIS ? Le secret de l’au-delà dévoilé (youtube.com)