Vendredi 18 septembre 2026 Tous appelés à ressusciter  

De la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens : « Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu ; et nous faisons figure de faux témoins de Dieu, pour avoir affirmé, en témoignant au sujet de Dieu, qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité si vraiment les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. »

Qui ne connaît : « Manon des Sources » de Marcel Pagnol ? Dans ce roman, il est question de Baptistine. C'est une vieille piémontaise qui vit avec Manon et sa maman depuis la mort de Jean de Florette, à la grotte du Plantier. Un jour, elle descend au cimetière du village des Bastides où a été enterré, quelques années auparavant, son bûcheron de mari Giuseppe. Elle découvre avec horreur qu'on a déplacé son corps. Elle arrive devant Casimir, le fossoyeur : « Elle criait toujours, raconte Pagnol, la figure convulsée de rage et mouillée de larmes, en montrant son poing à Casimir, qui expliqua rapidement le drame. La veille, il avait été obligé de mettre le corps de Giuseppe à la fosse commune, parce que le trop peu généreux  « atrapénoure »  n'avait payé qu'une concession de deux ans, et qu'il fallait faire de la place pour la vieille Jeannette des Bouscarles, qui venait de recevoir les derniers sacrements. Alors, Baptistine lance des malédictions contre le village puis s'en retourne. En chemin, elle retrouve Manon. « La piémontaise voulut parler, ses lèvres tremblèrent, elle fondit en larmes. Manon l'embrassa, et la fit asseoir à l'abri d'une roche, sous un bouquet de pins. Alors, Baptistine lui raconta son malheur, et l'accompagna de lamentations :  « Ils l'ont sorti de la belle boîte, parce qu'ils disent que ça tient trop de place. Et ils l'ont tout mélangé avec les autres, avec des gens qu'on ne connaît pas, et que, peut-être, ils ont des sales maladies. Et même dans ce trou, il y a Pépito, le bûcheron, un espagnol méchant comme la gale, que Giuseppe l'avait assommé deux fois, parce qu'il lui volait son vin dans le panier, et qu'il lui faisait des grimaces pour se moquer de lui, et puis vite il partait en courant. Et maintenant, ça va recommencer toute l'éternité. Et au « giudicio finale », comment il fera pour retrouver ses os, que ça se ressemble tous, et puis que personne peut reconnaître ses os, parce qu'on ne les a jamais vus, et ça sera facile de se tromper ? Et maintenant qu'il est tout éparpillé, même moi je ne saurais pas le remettre ensemble. Et puis, à quoi ça sert de faire des prières pour lui, sur cette tombe. De tout sûr, les autres lui en voleront la moitié ! Mais ces gens du village, c'est une bande de porcs, et je leur ai fait la « jettatura » la plus mauvaise, et ça leur portera malheur. » Manon la consola de son mieux, en lui disant que pour le « giudicio finale », la Madone arrangerait tout, et qu'elle reverrait certainement son Giuseppe tout entier. » Manon des Sources a raison. Nous pouvons rassurer Baptistine. Il faut se rappeler que la « résurrection »  n'est pas la réanimation d'un cadavre, ni la simple immortalité d'une âme dépourvue de tout caractère corporel, ni une forme de réincarnation dans une autre existence qui serait encore soumise aux limites de l'espace et du temps. Dans le credo, nous parlons de « résurrection de la chair. » La « chair » désigne ici, la personne dans son unité et son intégrité, c'est-à-dire tout à la fois son « esprit », son « âme » et son « corps ». Le « corps », ce ne sont pas seulement les composantes physiques qui sont destinées à périr, mais cette dimension de notre être qui nous permet d'entrer en relation avec nous-mêmes, avec la nature, avec les autres, avec Dieu. En effet, la vie nouvelle que le chrétien espère ne concerne pas seulement son âme, mais la personne tout entière qui a été nécessairement marquée par sa vie corporelle dans le monde, par sa manière de se comporter, par les événements de son histoire, en un mot, par tout ce qui a permis à cette personne de devenir ce qu'elle est. Tout comme dans les rides d'un vieux visage se trouve inscrite l'histoire de toute une vie, de même dans le sujet humain se trouve conservée indéfectiblement l'histoire d'un monde qui est  sien.

 Une petite Claire de quatre  ans et demie est enthousiasmée par la perspective du Paradis que lui expose sa maman. Une question cependant : « Est-ce que je pourrai garder mes pantoufles roses ? » - « Oui, bien sûr, il faut être jolie pour se présenter devant Jésus. »Aimable interprétation de la requête. Je pense que c’est très exactement ce qu’il fallait répondre à la petite Claire eu égard à son âge. Mais à de grandes personnes, il faudrait dire : « On n'entre au paradis que pauvre, les pieds nus. On n'aime au Paradis que Jésus, le reste n'intéresse plus. Il faut donc avoir livré, au moins au péage, les petites pantoufles roses... et bien d'autres choses ! » Mais, oh ! Merveille ! Je vois tous les élus ainsi chaussés ! Illusion ? Contradiction ? Que non pas ! Les pantoufles, offertes pourtant en cours de route ou au passage, sont bien là, aux pieds des amis de Jésus, mais rendues par lui ! Au ciel, on n'aime que Jésus... et ce que Jésus aime, ce qui nous fait « redescendre » vers les amours terrestres. L'humain n'est pas méprisé dans l'ascension d'éternité, sauf s'il est malhonnête, mais sa possession se purifie en montant. C'est seulement parce qu'on aime Dieu, qu'on en arrive à aimer aussi ce qui, en un commencement, pouvait être choisi d'une attirance spontanée. »

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Les pères de l'Église

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