Vendredi 17 janvier 2024 Entrer dans le repos
Lecture de la lettre aux Hébreux (He 4, 1-5.11): « Frères, craignons, tant que demeure la promesse d’entrer dans le repos de Dieu, craignons que l’un d’entre vous n’arrive, en quelque sorte, trop tard. Certes, nous avons reçu une Bonne Nouvelle, comme ces gens-là ; cependant, la parole entendue ne leur servit à rien, parce qu’elle ne fut pas accueillie avec foi par ses auditeurs. Mais nous qui sommes venus à la foi, nous entrons dans le repos dont il est dit : Dans ma colère, j’en ai fait le serment : On verra bien s’ils entreront dans mon repos ! Le travail de Dieu, assurément, était accompli depuis la fondation du monde, comme l’Écriture le dit à propos du septième jour : Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. Et dans le psaume, de nouveau : On verra bien s’ils entreront dans mon repos ! Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l’exemple de ceux qui ont refusé de croire. »
Pour des millions de gens, le travail est une chose pénible qui détruit la joie de vivre, c’est une dure fatigue. Pour eux, bien sûr, le sabbat est toujours le moment de lâcher les outils et de se reposer, comme Dieu, au septième jour, après avoir terminé la création. C’est la même chose pour le dimanche même s’il n’est pas le septième jour mais le premier d’une nouvelle semaine. Les voisins d’Israël avaient, eux aussi, leur récit de création qui racontait que les êtres humains étaient faits pour servir les dieux. Les dieux pouvaient se prélasser sur des canapés confortables, en sirotant leur vin et en respirant la fumée des sacrifices, tandis que les humains devaient peiner et s’assurer qu’ils ne manquaient de rien.
Selon l’Epopée de Gilgamesh, dont les Israélites devaient avoir eu connaissance pendant leur exil à Babylone, les petits dieux avaient fait ce travail de servir les grands dieux jusqu’au jour où ils en avaient eu assez et s’étaient mis en grève ; ils se plaignaient d’un horaire de travail et de conditions de vie insupportables, alors les grands dieux ont fait les êtres humains, pour que les petits dieux puissent, eux aussi, se détendre. Etre un dieu, c’était se reposer ; être un humain, c’était être un esclave. Alors quand le récit biblique a raconté que Dieu nous invitait à partager son repos, c’était comme si un homme riche avait dit à son domestique de s’arrêter de servir à table et de venir s’asseoir à côté de lui pour boire un verre. Le sabbat était le signe que nous ne sommes pas des esclaves, ni du travail, ni d’un autre être humain, ni même de Dieu. Le sabbat était le signe de la dignité de tout être humain, que Dieu a appelé à partager sa vie. L’érosion de l’institution du jour hebdomadaire commun de repos montre que notre société ne reconnaît pas non plus la dignité commune ; nous continuons à consommer et à produire, sans nous interrompre. Il y a un proverbe russe qui dit : « Le travail ne vous rend pas riche, il vous rend courbé ». Le sabbat nous appelle à nous relever, à nous tenir droits, homo erectus.
Le repos nous fait tenir droits. Cela a été confirmé dans les annales du Sacré-Cœur d’Issoudun, sous la plume de celui qui signait ses billets Perjean…. Il racontait :
« Mes copains et moi, nous trouvions que l’abbé qui jadis nous faisait la catéchèse, était vraiment formidable. Il savait très bien le catéchisme, évidemment, comme tous les abbés, mais en plus, il connaissait un tas de trucs. Ce qui fait qu’avec lui, on ne s’ennuyait jamais. C’est ainsi qu’il nous racontait un jour l’histoire des experts. C’est drôlement sérieux, les experts… Or ces experts-là avaient fait l’expérience suivante : ils avaient attelé deux chevaux, de même âge et de même force, chacun a une charrette chargée d’un poids égal. Le premier cheval marchait toute la semaine son petit bonhomme de chemin. Le deuxième cheval de même, mais lui, se reposait le dimanche. Au bout de quelques semaines, les experts constatèrent que le premier cheval avait pris largement de l’avance. C’était normal, puisqu’il marchait un jour de plus par semaine. Mais au bout de quelques mois (les experts ont de la patience !…) le cheval n° 2, petit à petit , avait rattrapé le cheval n° 1, et l’avait même largement dépassé. Le cheval A, extrêmement fatigué fini même un jour par s’arrêter définitivement. Mais le cheval B continua sans rechigner autant de temps qu’on voulut prolonge l’expérience… Vous l’avez compris, il s’agissait de nous convaincre que non seulement le travail du dimanche était défendu, mais qu’en plus, il ne servait à rien. Que le repos était nécessaire… Qu’il fallait savoir s’arrêter régulièrement pour faire le point et reprendre des forces. Avec l’âge et la réflexion, il m’est venu quelques doutes sur l’histoire des chevaux ; Peut-être bien qu’il n’y a jamais eu d’experts qui se soient intéressés à ce type d’expérience. Peut-être bien que l’abbé l’avait inventé… N’empêche qu’il avait raison. Et que si, par hasard, des experts modernes se mettaient en tête de réaliser cette expérience, on s’apercevrait que le cheval B serait bien le gagnant au final. Mais, de nos jours, aucun expert ne voudra perdre son temps à faire cette expérience… Tout le monde est en effet convaincu non seulement de la nécessité du repos du dimanche, mais encore des week-ends prolongés, et des congés de toutes sortes…
Je me demande alors comment s’y prennent les abbés et les catéchistes pour convaincre que les haltes spirituelles sont également nécessaires., indispensables même… Que sans elles, la vie de prière, la vie de couple, la vie de famille, la vie tout court s’épuise et finit par s’arrêter… »
Pour entrer dans le Repos dit éternel, il faut nous y exercer !
Les bonus : DE L’ISLAM À JÉSUS, ITINÉRAIRE D’UN IMAM SALAFI ! – NOUR AL AALAM