17 décembre 2025. Quel intérêt d’établir la généalogie de Jésus ?
La prophétie (dans la bouche de Jacob, petit-fils d’Abraham) (Gn 49,1 …)
« Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. »
La réalisation de la prophétie : (Mt 1, 1-17)
Généalogie de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, etc etc… Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob, Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. (Mt 1, 1-17)
Chaque année, le 17 décembre, nous entrons dans « La semaine des grandes « ô ». Ce ne sont pas les eaux que perdent les mamans pour l’accouchement, mais les « ô » – la voyelle surmontée d’un accent circonflexe – qui commencent chacune des antennes du magnificat de l’office de vêpres jusqu’au 24 décembre. Chaque jour, l’antienne est nouvelle : « Ô Sagesse de la bouche du Très-Haut…, Ô Chef de ton peuple Israël…, Ô Rameau de Jessé, étendard dressé à la face des nations…, Ô Clé de David, ô Sceptre d’Israël, tu ouvres, et nul ne fermera, tu fermes, et nul n’ouvrira…, Ô Soleil levant, splendeur de justice et lumière éternelle…, Ô Roi de l’univers, ô Désiré des nations…, Ô Emmanuel, notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations, viens, Seigneur, viens nous sauver ! … » C’est la grande semaine préparatoire à Noël, comme un compte à rebours pour une mise à feu !
Que de sujets de méditation dans cette énumération un peu fastidieuse des ascendants de Jésus !
Cette généalogie selon saint Matthieu me rappelle chaque fois d’abord mon grand-père maternel qui aimait tellement nous parler des liens de parentés : Unetelle avait épousé Untel, elle était la cousine de celui qu’on appelait Jean Lapioche, etc etc…Deuxièmement cette généalogie me rappelle une pastorale enregistrée sur un disque vinyl où le Père Jean Debruyne présentait cette cascade de noms comme un commentaire de match de rugby. L’exil à Babylone sifflait la mi-temps. Il y avait aussi les hors-jeu, et les mêlées !
Le but de saint Mathieu écrivant la généalogie de Jésus est quadruple.
Premièrement, montrer que Jésus est 100 % Dieu et 100 % homme. Les belles formules de saint Léon le Grand n’arriveront que trois siècles plus tard quand sera forgé le concept d’ « unité – ou union – hypostatique » : « Nous confessons un seul et même Jésus Christ, Fils de Dieu de toute éternité, Fils de la Vierge Marie dans le temps, un seul et même Jésus consubstantiel au Père selon la divinité, et consubstantiel à nous selon l’humanité, nous reconnaissons donc une seule personne en deux natures sans changement, sans confusion, sans séparation, et sans division. »Mais cette généalogie avec sa rupture à la fin « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré » exprime déjà ce mystère de l’Incarnation : Jésus 100 % Dieu 100 % homme.
Deuxièmement, Dieu le Fils n’est pas un extraterrestre qui vient dispenser un message philosophique aux êtres humains. Il s’incarne dans une histoire. D’ailleurs, sa grâce est d’abord d’assumer une tradition, de s’enraciner dans une culture. Saint Matthieu veut montrer que Dieu peut tirer d’une histoire « pas très catholique », de la sainteté de très haut niveau. Les évocations de Tamar, Bethsabée, par exemple, ne rappellent pas des épisodes très glorieux, et cependant au bout de cette généalogie, fleurit le fils de Dieu. Nous connaissons des personnes dont les parents ont mené une vie de patachon et qui mènent un chemin d’authentique sainteté ! C’est possible. Il n’y a pas de déterminisme. « Avec Jésus, comme dit quelqu’un qui s’y connait en « trans-générationnel plutôt accidenté », il est possible de donner un coup de pied à la génétique ! » Pendant cette énumération, en entendant défiler l’ancien testament, on a repéré beaucoup de défaillances. C’est une magnifique illustration du jeu entre l’infaillibilité du Dessein de Dieu, les lignes torses de la faillibilité humaine et la miséricorde de Dieu qui rattrape tout autrement. Cela annonce la Parole de Jésus : “Je ne suis pas venu abolir mais accomplir”.
Troisièmement, saint Mathieu est juif. On peut sentir de la fierté à retracer ce long cheminement. Jésus est le fruit d’un arbre généalogique commencé deux mille ans auparavant avec le Père des Juifs : Abraham. « Le salut vient des Juifs » dira Jésus à la samaritaine près du Puy de Jacob.
Quatrièmement, le plus important est peut-être dans la fin. Joseph n’est pas le père biologique de Jésus. Il y a rupture. Joseph préfigure son fils qui lui non plus n’engendrera pas. Jésus n’est pas un roi généalogique et politique. Il est Roi divin. Son Royaume est “dans le monde mais il n’est pas de ce monde”. On n’imagine pas le bouleversement que cela a représenté pour les premiers judéo-chrétiens… ! Dans cette finale si rapide de la généalogie, il y a déjà les paroles de Jésus sur la fécondité du célibat pour le royaume. “Comprenne qui pourra…” Il y a à la fois rupture et nouvelle création. Réjouissons-nous profondément d’avoir été, par le baptême, inscrit dans cette lignée.
Les bonus : L’énigme de la famille de Jésus : ce que personne ne vous dit