Jeudi 16 juillet - Les intendants malhonnêtes
La parabole de l’intendant malhonnête est connue. Cette parabole nous surprend. Jésus donnerait-il en exemple un gérant qui fait des faux en écriture ?
Jésus nous dit au moins quatre choses. Pour dire la première peut-être aujourd’hui utiliserait-il cette blagounette : Deux amis, un auvergnat et un écossais – les stéréotypes, c’est bien pratique ! – se retrouvent un dimanche à l’église. Au moment où la quête va commencer, l’écossais se tourne vers l’auvergnat et lui lance : « je te parie que je donnerai moins que toi ! Pari tenu ! lui répond l’autre. » Quand le quêteur se présente à eux, l’écossais fouille dans son porte-monnaie et en extrait une pièce d’un centime qu’il dépose religieusement dans la corbeille… puis se tourne, triomphant, vers son voisin. Mais l’auvergnat, sans se démonter, lance au quêteur : « C’est pour les deux ! »
Franz-Olivier Giesbert écrivait dans une chronique dans Panorama : « Quand je vois tous ces mufles accumuler des richesses avec une fébrilité enfantine et jamais rassasiée; je me dis que l'homme ne descend pas du singe mais... de la fourmi. Une fourmi dégénérée puisque, contrairement à elle, il ne pense qu'à lui-même et à son magot. Jamais à la collectivité….»
Jean Pliya propose un test pratique pour vérifier si l'argent ne domine pas mes pensées. Quelles sont mes réactions lorsqu'après avoir acheté un article, je découvre le même objet bien moins cher dans une autre boutique, ou lorsque je me fais rouler dans une affaire ou que je suis victime d'un vol ? Est-ce que je me plains, me lamente et rumine jour et nuit ma déception en exprimant des regrets ? Ou bien est-ce que je me tourne vers le Seigneur pour le louer pour ce qui vient de m'arriver et pour le commerçant qui a gagné ? A l'inverse, si après avoir fait mon achat, je constate que le même article coûte ailleurs bien plus cher que je ne l'ai payé, est-ce que je ne jubile pas avec le sentiment d'une grande satisfaction et l'envie de raconter à tous mes amis ma bonne fortune ? "
Jésus nous dit : pour l’argent vous êtes très habile. Attention danger ! L’argent est un excellent serviteur mais quand il vous tient en laisse, quand c’est lui qui commande, il peut vous faire faire de grosses bêtises.
Deuxièmement, Jésus nous encourage à nous faire des amis avec l’argent malhonnête. L’intendant est habile. Il a aussi du discernement. Dès qu’il sait qu’il sera mis à la porte il mise sur la valeur reconnaissance. Il fait des faveurs aux clients de son maître dans l’espoir que ceux-ci sachent s’en souvenir mais sans pouvoir rien exiger. Espérer la reconnaissance, ce n’est pas exiger la réciprocité. Une personne disait : « Oh je ne vais pas à son enterrement, parce que de toute façon, il ne viendra pas au mien ! » A nous au contraire de faire le pari de ce que nous pourrions appeler des allers-simples.
Troisièmement, que d'imagination au service de cet argent souvent malhonnête ! Jésus nous invite à être aussi astucieux, aussi imaginatif pour les affaires de son Royaume.
Deux exemples. Dans les concertations du parlement avec les représentants des religions, un évêque est interpelé par un député qui lui dit : « De toute façon, la GPA est dans la Bible ». – « ah bon, réagit l’évêque, faisant semblant d’être étonné ». « Oui, répond le député, Abraham s’est fait faire un fils à Agar ». Et l’évêque rebondit aussitôt : « Oui, mais Agar était une esclave ». Le député n’a pas su quoi dire. Car l’argument en faveur de la GPA d’Abraham et Agar pour concevoir Ismaël ne tient pas, sauf à reconnaître que les femmes que l’on paie pour concevoir un enfant à des tiers sont des esclaves.
Deuxième exemple : Anne-Dauphine Julliand dans son livre Consolation. Elle et son mari ont perdu trois de leurs quatre enfants. La première s’appelle Azylis. Elle est morte à l’âge de cinq ans d’une maladie dégénérative. « Une nuit inoubliable, à l’hôpital. Arrivée en urgence avec Azylis. Son cœur qui décrochait, sa respiration qui flanchait. Avant que tout ne rentre dans l’ordre, mystérieusement. Les médecins l’ont gardée sous surveillance. Elle s’est endormie paisiblement, privilège de l’enfance. Moi je me suis enfoncée dans les ténèbres. Sans lumière, sans espoir. A l’heure la plus sombre, alors que même les ombres avaient fui, une infirmière s’est approchée de moi, recroquevillée sur mon lit. Elle s’est assise sans bruit, juste à côté. Avant de dire cette phrase qui m’a sauvée la vie : « Je suis là. » Pas un mot de plus. Et pourtant bien plus que des mots. Une présence, affirmée, assumée, qui a chassé, ce soir-là, la peur et la solitude. Il ne restait que la peine à vivre. L’infirmière m’a tenu compagnie dans ma souffrance. Elle ne l’a pas portée à ma place. Elle savait qu’elle ne le pouvait pas. …Puis elle est repartie, aussi discrètement qu’elle était arrivée. Léger bruissement, battements d’ailes d’un ange… »
Quatrièmement, il se pourrait qu’il y ait un message encore plus profond dans cette parabole. Qui est cet intendant malhonnête ? C’est nous quand nous nous arrangeons avec la morale : Ecris donc que ce n’est pas un adultère, c’est une amourette. Ecris vite que ce n’est pas un mensonge, c’est une petite finasserie sans conséquence. Tu peux considérer que ce n’est pas un vol, c’est de la compensation. Ecris que ce n’est pas de la médisance, c’est juste une analyse…. Mais cet intendant malhonnête peut-être aussi Jésus…En Colossiens 2,14 saint Paul écrit : « Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix. » Jésus a payé le prix fort pour que alors que nous avions été renvoyé du Paradis, en raison de notre complicité avec le péché, nous puissions avoir accès jusqu’à la Gloire du Père.
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