Mercredi 15 janvier 2025 souffrance du Christ et salut.

Lecture de la lettre aux Hébreux (He 2, 14-18) : « Puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair, Jésus a partagé, lui aussi, pareille condition : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. Car ceux qu’il prend en charge, ce ne sont pas les anges, c’est la descendance d’Abraham. Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple. Et parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve. »

« Et parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve. » 

« Il a souffert jusqu’au bout ». Martin Steffens philosophe contemporain a imaginé cette petite parabole.  Imaginez un pianiste virtuose sur une scène. Le public est enchanté par son interprétation d’un grand morceau de musique. Les auditeurs sont subjugués. Dans la salle, un enfant quitte discrètement les genoux de sa maman et monte sur la scène. Il s’approche tout près du pianiste, se place à sa droite, et se met à taper frénétiquement sur n’importe quelle touche du piano. A ce moment précis, le pianiste a trois solutions :

– Premièrement, d’un coup de coude énergique, il peut renvoyer l’enfant à sa maman.

– Deuxièmement, il peut s’arrêter et tout laisser tomber. Son concert est définitivement gâché par cet incident imprévisible et intolérable. Il peut aussi se résigner à laisser l’enfant perturber les mélodies. C’est une autre forme de découragement, de « fatalisme ».

– Il y a une troisième solution, c’est que le pianiste passe son bras droit derrière l’enfant et vienne intégrer très astucieusement les dissonances du petit dans les mélodies du grand compositeur.

Par rapport à la souffrance qui s’immisce dans nos vies, souvent sans prévenir, nous avons le choix entre ces trois réactions :

– Tenter de l’éliminer violemment, de la mettre à la porte ; elle risque de revenir par la fenêtre.

– Se laisser décourager et laisser l’épreuve faire son œuvre de démolition avec résignation.

– Nous pouvons aussi l’intégrer dans notre chemin de vie, en faire par la grâce de Dieu, une bénédiction.

Martin Steffens incite à voir la vie non pas « en rose » mais « en bleu »… ! Notre chair portera les bleus que nous infligent les coups du sort, les coups de bélier, les maladies, les coups durs des accidents. Mais l’irruption de ces contrariétés non prévues au programme nous invite aussi à prendre notre bleu de travail, c’est-à-dire d’en faire, par la grâce de Dieu et l’acceptation de l’aide des autres, des bénédictions.

Jésus a voulu voir la vie en bleu. Pour notre salut.

On connaît Didier Decoin, prix Goncourt, scénariste de séries télévisées à succès. Didier Decoin s’est converti en découvrant une jeune carmélite, morte en 1906, sainte Elisabeth de la Trinité : il lui a consacré un livre : « Elisabeth Catez ou l’obsession de Dieu ». Dans une page de ce livre, il fait parler Dieu : « Je ne suis pas celui que vous croyez, dit Dieu, je ne me permets pas de divaguer dans vos enclos, je ne suis pas un voleur de liberté comme il y a des voleurs de poules. Beaucoup d’entre vous parlent en mon nom, dit Dieu, mais moi je ne parle pas en votre nom, je vous respecte trop pour cela, et tout ce que je fais c’est d’envoyer mon Fils mourir en votre nom, mourir dans un tel silence qu’on entendait rouler les dés des soldats qui se partageaient ses pauvres vêtements raides de poussière, de sueur et de sang. Mais ça, dit Dieu, cet esclave livide et gris, cloué, cet esclave qui vous a tant aimés, et même qui n’a aimé que vous, c’est quelque chose qui ne vous dit rien, c’est quelqu’un devant qui vous passez sans lever les yeux. Ce n’est pas cela que vous voulez de moi, ce n’est pas ce maigre petit juif et dérisoire, ce pauvre garçon presque nu, ce supplicié misérable que vous attendez de moi. Vous voulez que j’arrête vos guerres, que je fasse sauter vos procès-verbaux, que j’empêche les bébés tortues d’être dévorés par les frégates et les cormorans avant d’avoir atteint la mer. Vous ne comprenez donc pas, dit Dieu, que je vous ai déjà tout donné ? Vous ne savez donc pas comme les Ténèbres ont tremblé quand mon Enfant s’est abandonné tout à fait, au point extrême de me demander, à moi, pourquoi je l’avais abandonné ? Vous avez donc oublié que mon bel Enfant déchiré avait, à son tour, déchiqueté la mort ? Et qu’il avait surgi du trou ignoble en vous tirant derrière lui ? Que voulez-vous de plus stupéfiant que mon faible agneau sanguinolent traînant le char immense ou vous êtes tous blottis ? Je vous avais créés, il vous a recréés. Deux fois Dieu font l’homme, dit Dieu. »

Les bonus : Ce dimanche 19 janvier à 15 heures à l’église de Solignac, 

le magnifique spectacle de Joachim Leyronas 

sur saint Marcellin Champagnat 

pour marquer la fête du Saint patron de Solignac, 

saint Vincent. 

incroyable sculpture sur bois à la tronçonneuse, fille amérindienne avec cheval et aigle