Mardi 13 mai 2025 Père et Fils Un
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 10, 22-30) : «On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
En quoi le Père et le Fils sont Un ? Jésus n’a pas fait de traité sur les rapports entre Lui et son Père. Mais il parle sans cesse du Père et il présente l’ensemble de sa vie comme une porte ouverte sur ce que fera après lui l’Esprit qu’il enverra. Jésus a vécu le mystère de la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le Père Jacques Guillet, dans son magnifique livre « Jésus devant sa vie et sa mort », écrit : « Et c’est la passion qui achève de le révéler. Jésus ne parle plus de Dieu, Il Lui parle. Dialogue douloureux jusqu’au dernier soupir. Nous n’en connaissons que les supplications angoissées de Gethsémani et l’appel dans le vide lancé de la croix. Dialogue où justement se révèle le Fils. Pour tenir à Dieu dans cette horreur et ce vide, pour demeurer fixé sur lui, il faut qu’entre Dieu et Jésus subsiste un lien invulnérable à toutes les atteintes, une confiance inaltérable, une certitude plus forte que la mort. Parvenu au bout de la souffrance, épuisé, écrasé, Jésus n’a pas à se tourner vers Dieu. Il ne l’a pas quitté, Il est le Fils. »
Le théologien protestant Oscar Cullmann fait observer que la plupart des formules de confession de foi au départ, étaient unitaires et qu’elles sont devenues peu à peu trinitaires. Le développement de la théologie a donc fait perdre au noyau de la foi apostolique son aspect fortement christocentrique. Le Père Benoît reconnaît aussi que l’accent très riche du début, sur la place centrale du Christ, a été perdu. Mais l’Eglise primitive a dû développer sa foi : -Premièrement, dans un contexte polémique. Vis-à-vis des juifs, il faut expliquer qu’il n’y a pas 2 dieux. Et nous n’avons pas changé la religion de nos pères.
-Et deuxièmement, dans la liturgie. Le mystère du Christ nous est communiqué dans le baptême et l’Eucharistie. L’aspect trinitaire s’impose.
Ce débat fait apparaître l’oscillation entre insister sur le mystère du Christ, au risque de tomber dans le trithéisme (3 dieux) et insister sur l’unicité de Dieu, au risque du modalisme : un seul Dieu en 3 formes. La difficulté a fait progresser les chrétiens, dans le mystère du Christ, tourné vers le Père.
Il y a 3 textes majeurs sur le mystère du Fils dans le Nouveau Testament,
– dans la lettre aux Philippiens, au chapitre 2,
– dans la lettre aux Colossiens, au chapitre 1.
– et le prologue de l’Évangile selon Saint Jean.
Ces 3 textes sont le résultat d’une contemplation. Ils sont l’utilisation ou la paraphrase d’une hymne préexistante. Ce sont des prières très anciennes, antérieures au texte du Nouveau Testament, pensent les exégètes. Or, quand l’Église prie, elle ne fait pas de polémique. Ces hymnes sont des miroirs de l’Église exprimant le noyau de sa foi. Toutes les 3 renvoient au mystère de la gloire du Fils avant l’incarnation ; elle-même épiphanie de la majesté du Père.
L’hymne de l’Épître aux Philippiens est une expression liturgique du mystère du Christ selon la catégorie de l’obéissance. Le Père ne cesse de donner au Fils tout son amour. Toute l’existence du Fils consiste à recevoir et à porter tout au Père. Le Fils accomplit le mandat reçu du Père. Dans son obéissance, Il nous assume pour que notre corps de misère soit conformé à son corps de gloire. Son mystère, en effet, c’est-à-dire sa réalité intime, est étendu aux hommes. Le salut, ce sont les élus qui sont pris dans cette relation du Fils au Père.
Quant à l’épître aux Colossiens chapitre 1, quand le Père a voulu la création, Il l’a voulue dans son Fils. Nous avons la contemplation du mystère du Fils premier-né. Il n’est pas seulement à l’image du Père, il est l’image. L’image est tout entière relation à son modèle. Elle ne peut pas en être séparée.
Dans le prologue de l’Évangile selon Saint Jean, il est écrit que le Verbe était pros ton theon. Et c’est souvent traduit par : « il était auprès de Dieu », mais il y a de bonnes raisons de penser avec Ignace de la Poterie que saint Jean veut dire « tourné vers ». Il reprendra dans sa première lettre, chapitre 1 – verset 2, cette expression : « La vie était tournée vers le Père ». Le Père Pelland qui nous enseignait le traité de la Trinité tenait beaucoup à cette traduction dynamique. Il était par ailleurs très démonstratif avec son projecteur et son long bâton. Un jour qu’il s’appuyait sur le bâton, celui-ci a glissé sur la carpette et le Père s’est étalé de tout son long sur le sol. Mais il s’est redressé lui-même de façon très digne et il a dit : « C’est exactement ce que je vous disais du Fils attiré irrésistiblement par son Père et se donnant à lui, mais le contraire » … ! Le Fils est Relation vivante tournée vers le Père. La manifestation du Fils dans ce monde n’est pas séparable de la contemplation du mystère de Dieu. Tout le tissu du Nouveau Testament renvoie à la Trinité, à ce qui se passe à l’intérieur de Dieu.
Les bonus : https://www.youtube.com/live/4zB148y4wFw?si=rLLp6gGQ0Gr6_Su3
Fatima : https://youtu.be/Or2nACPQFIg