Jeudi 10 septembre 2026 Aimer ses ennemis

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant.  Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

Virgil Gheorghiu, est né en 1916 en Roumanie dans une famille de prêtres orthodoxes (lui-même sera ordonné en 1963) Il est mort à Paris en 1992. Il est un écrivain connu notamment pour son roman phare La Vingt-cinquième Heure porté au cinéma par Henri Verneuil avec Anthony Quinn et Serge Reggiani. Virgil Gheorgiu étant dissident, a dû quitter sa Roumanie natale. Toute sa vie il a été en butte à des oppositions douloureuses.  Voici ce qu’il écrit dans son autobiographie : " - La seule chose qui compte, c'est l'amour de l'ennemi, dit mon père. Le jour où tu arriveras à aimer ton ennemi, tu atteindras la perfection. Et la sainteté.- Mais pourquoi aimer particulièrement son ennemi et non tous les hommes ? - Parce que l'amour, la charité parfaite ne divisent pas l'unique nature humaine selon les différences qui existent dans les dispositions morales. Ne voyant jamais que cette unité, elle aime tous les hommes également, les fervents et les amis." Bref, si l'on veut être saint, il faut vivre cet amour des ennemis.
Virgil, qui n'a que sept ans, veut bien être saint. Il n'y a qu'un inconvénient, de taille : "Je n'ai pas encore d'ennemi. Aucun. Et ma plus fervente prière est d'en avoir au moins un, et le plus vite possible". Dieu va l'exaucer, mais pas comme il l'imaginait. Le père de Virgil sera victime d'un criminel qui, pour lui dérober de l'argent, le blesse gravement. Une épidémie éclate dans le village. Virgil doit partir dans un hameau voisin... où apparaît cet agresseur. Il découvrira le pardon et comprendra alors toute la profondeur de la parole de son père. Etant devenu prêtre, cinquante ans plus tard, il écrit : "Maintenant, comme à l'âge de sept ans, je sais que pour devenir saint, il faut aimer ses ennemis. (...) Aucun ami ne m'a rendu, et de loin, les services que me rendent mes ennemis. Grâce à eux, qui me guettent de tous les côtés et à tous les instants, je suis tout le temps en état de vigilance. Grâce à mes ennemis, je suis obligé de réduire autant qu'il est possible mes fautes, mes péchés, mes erreurs. (...) Si je n'ai pas commis d'erreurs très graves, c'est grâce à mes ennemis qui avaient les yeux braqués sur moi".

De la même manière le Père François Varillon prie pour le frère ennemi : «  Vous l'avez établi près de moi, Père, pour que mon amour soit garanti contre l'illusion. S'il n'était pas là, comment saurais-je que je vous aime ? Les élans de la sensibilité sont trompeurs ; et ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui ont accès à votre Royaume. Si j'aime celui qui m'aime, en quoi ai-je dépassé la justice des sages ?
Mais il est là, amer compagnon de chaque jour. Comme une contradiction qu'il faut résoudre, comme un ennemi qu'il faut parvenir à aimer pour pouvoir dire sans mentir que j'accomplis votre volonté, comme un obstacle en deçà duquel toute parole est hypocrite ou vaine ; mais au-delà, j'ai la certitude joyeuse du don réel. Je mènerai sans cesser le dur combat contre cette antipathie qui est en moi, et qui ne doit jamais être de moi.
Que je ne sois pas obligé quand vient l'Offertoire, de laisser mon offrande devant l'autel et d'aller d'abord me réconcilier avec mon frère...
Que les mots d'amour et de paix qui introduisent au mystère de la Communion me trouvent consentant... Sa joie m'attristait, Père, je vous prie de l'établir dans la joie... On l'entoure, on l'admire, on le loue. Père, qu'il soit toujours plus entouré, admiré, loué... Prenez mes deux mains, Père, et contraignez-les d'applaudir à sa gloire.  Je dirai le bien qu'il fait, je tairai le mal qui est en lui et que je suis seul à connaître. Je vous offre la souffrance qu'engendre ce combat de ma volonté contre mon coeur mauvais. Ma récompense est proche car, peu à peu, je sens mon coeur changer et dispenser ma volonté d'un tel effort. J'ai tant prié pour mon frère ennemi que déjà je commence de l'aimer. »

Les bonus : Les fins dernières par Don Paul Denizot