Dimanche 6 septembre 2026 La difficile vocation de guetteur !

Lecture du livre du prophète Ézékiel : « La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Il nous faut demander le courage de dénoncer le mal, de dire ce qui ne va pas.

Un journaliste questionnait un prêtre éducateur spécialisé, consulté par les ministres de la république : - « Quel est le plus grand mal de notre époque ? » Et cet homme, répond : -  « La confusion de la notion de tolérance. » … en expliquant : « On part d'une nécessaire tolérance à l'égard des personnes - que je préférerais pour ma part appeler respect -, et on en arrive à une inadmissible tolérance à l'égard des comportements. Au nom de la tolérance vis-à-vis des personnes, on a relativisé les repères. Or, on ne peut éduquer dans la tolérance, mais dans les repères. Tous les comportements ne se valent pas : certains construisent l'homme, d'autres le détruisent. Respecter l'autre, c'est parfois manifester son intolérance vis-à-vis de ses comportements. C'est en disant non que je le respecte. »

Dans une chronique de la revue « Panorama », Franz Olivier Giesbert confirmait en racontant cette vieille histoire midrashique : « Un homme est sur un bateau. Il n'est pas seul, mais il agit comme s'il l'était. Une nuit, il se met à creuser un trou sous son siège. Ses voisins se mettent à hurler : « Es-tu devenu fou ? Veux-tu tous nous faire couler? » Sur un ton détaché, il leur répond : « Je ne comprends pas ce que vous voulez ; ce que je fais ne vous regarde pas. Ma place, je l'ai payée. C'est sous mon siège à moi que je creuse ... »

Il nous faut être des guetteurs au niveau de la société, mais également dans nos familles quand on est parent ou grand-parent. Voici des conseils de policiers américains. Comment faire de votre enfant un bon délinquant. A l'heure où tant de parents se posent des questions sur l'éducation de leurs enfants, sachons prendre leur leçon avec humour !
1.  Dès l'enfance, donnez-lui tout ce qu'il désire. Il grandira en pensant que le monde entier lui doit tout. 2.  S'il dit des grossièretés, riez. Il se croira très malin. 3.  Ne lui donnez aucune formation spirituelle. Quand il aura vingt ans il "choisira lui-même". 4.  Ne lui dites jamais : "c'est mal". Il pourrait faire un complexe de culpabilité. Et plus tard, il sera persuadé que c'est la société qui le persécute. 5.  Ramassez ce qu'il laisse traîner. Ainsi, il sera sûr que ce sont toujours les autres qui sont responsables. 6.  Laissez-le tout lire et tout voir. Stérilisez la vaisselle mais laissez son esprit se nourrir d'ordures. 7.  Disputez-vous toujours devant lui. Ainsi, quand votre ménage craquera, il ne sera pas étonné. 8.  Donnez-lui tout l'argent qu'il réclame, qu'il n'ait pas à le gagner. Il ferait beau voir qu'il ait les mêmes difficultés que vous. 9.  Que tous ses désirs soient satisfaits : nourriture, boisson, confort sinon il sera frustré. 10.  Prenez toujours son parti. Les professeurs, la police lui en veulent à ce petit. 11.  Quand il sera un vaurien, proclamez vite que vous n'avez jamais rien pu faire. 12.  Préparez-vous à une vie de douleurs, vous l'aurez.

Bien sûr,  les parents doivent ne pas se culpabiliser au sujet du passé. Ceci pour ceux qui auraient un sentiment d'échec. Ces conseils de policiers sont là pour confirmer ceux qui déploient de grandes énergies pour « élever » leurs enfants…

Etienne Got écrivait : « On comprend que beaucoup de gens, plus ou moins déboussolés, deviennent relativistes (" Tout se vaut "), individualistes (" C'est ton problème ") et épicuriens (" Rien n'a de sens ") = " No future " + " Carpe diem "), et on prend conscience de la chance qu'on a, nous chrétiens, d'avoir en Jésus-Christ une ancre, tenant à ce " rocher " qu'est le Père, nous fait tenir, nous, Eglise, dans les tempêtes du monde ; d'avoir en les Ecritures un livre-source où nous pouvons toujours, au contraire des ouvrages profanes, trouver une nouvelle nourriture humaine et spirituelle pour notre foi et notre vivre-avec-autrui ; d'avoir ainsi une boussole d'absolu qui nous donne le cap à tenir à travers tous les relativismes, la doctrine sûre qui nous permet de ne pas être dupes des idées dominantes du moment, et d'être forts quand les idées auxquelles nous croyons sont des idées dominées et ce parce que l'objet de notre foi n'est pas un ensemble d'énoncés ni même un de ces personnages historiques qu'un peuple idolâtre un jour et démythise le lendemain, mais quelqu'un de fiable sur qui compter. Quelqu'un qui nous aime et qui nous l'a prouvé, bref un Dieu Très-Haut qui, s'étant fait Très-Bas pour nous visiter et nous sauver, peut et veut nous emmener dans sa gloire, vers la vraie vie. Chance, ai-je dit ; oui, mais sachant qu'à ceux à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé. »

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Lundi 7 septembre 2026 Charité n’a pas d’heure.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : « Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était desséchée. Les scribes et les pharisiens observaient Jésus pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat ; ils auraient ainsi un motif pour l’accuser. Mais lui connaissait leurs raisonnements, et il dit à l’homme qui avait la main desséchée : « Lève-toi, et tiens-toi debout, là au milieu. » L’homme se dressa et se tint debout. Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de la perdre ? » Alors, promenant son regard sur eux tous, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il le fit, et sa main redevint normale. Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu’ils feraient à Jésus ».

Le raisonnement des scribes et des pharisiens semblait imparable. D’une part, cet homme était puni par Dieu. En effet, c’est écrit au psaume 136 au verset 5 : « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! » Cet homme a oublié Jérusalem volontairement ; par conséquent, sa main droite est paralysée ; c’est un décret divin ; il faut lui laisser faire sa punition. D’autre part le jour du sabbat, il est interdit de travailler. Deux bonnes raisons de remonter les bretelles à Jésus. Nous connaissons bien ce genre de raisonnement. Bien des enfants ont vite découvert l’astuce : à la fin du repas, ils savent bien qu’il faut lever la table, disposer les couverts dans le lave-vaisselle, passer l’éponge et le balai. Mais curieusement ils ont le besoin pressant d’aller aux toilettes. Bien des adultes n’en sont pas à un mensonge près pour refuser un temps de service ou une aide ponctuelle.   Or, pour le Seigneur, il est toujours temps d’aimer. Mgr Jean Rohdain fondateur du Secours Catholique pendant la guerre de 39-45, avait cette devise : « Charité n’a pas d’heure » et aux bénévoles du Secours Catholique à la cité Saint Pierre à Lourdes on donnait comme récompense un carton en format A4 avec la représentation d’un cadran d’horloge sans aiguille.  Il est toujours temps d’aimer.

Le film « Le monde de Narnia » est célèbre.  Il est tiré d’un livre écrit par Lewis. Cet Irlandais devenu chrétien en 1929 à 31 ans a mis aussitôt ses dons d’écrivain au service de la foi. Dans un livre « le grand divorce entre le ciel et la terre », il nous éclaire avec humour sur certaines folies de l’esprit humain. Il s’imagine en voyage dans le bus qui le conduit de l’enfer de la terre aux abords du ciel. Il y rencontre l’artiste incompris, l’intellectuel cynique, le rustre belliqueux, le scientifique sceptique, l’ecclésiastique apostat. Il y raconte l’éternel conflit entre le vrai moi et le faux moi, entre la personne que l’on est vraiment et le personnage que l’on se donne. Voici ce qu’il écrit de l’enfer : « En somme, il  n‘y a que deux sortes de gens : ceux qui disent à Dieu : « Que ta Volonté soit faite », et ceux auxquels finalement Dieu dit : « Que ta volonté soit faite ». Tous ceux qui sont en enfer y sont parce qu’ils l’ont choisi. Sans ce choix personnel, il ne pourrait pas y avoir d’enfer. La joie n’échappera à aucune âme qui la désire avec honnêteté et constance. Ceux qui cherchent trouvent. On ouvre à celui qui frappe. Comment certains peuvent-ils choisir l’enfer ? Parce que pour eux,  « mieux vaut régner en enfer que de servir au ciel. » Il y a toujours quelque chose que ces gens tiennent à garder, même au prix de rester malheureux. Observez-le chez un enfant gâté qui préfère être privé de jouer et de souper que de demander pardon et de faire la paix. On le traite de boudeur. Mais chez les adultes ce comportement porte des centaines de noms redondants. On parle de « fidélité à soi-même », d’« orgueil légitime », de « raison d’état », de « grande ouverture d’esprit », de « juste vengeance », et du « respect de soi-même », etc … Tout est bon pour justifier en fait la fermeture, l’emprisonnement sur soi, l’enfermement (le mot est très expressif : « l’enfer me ment » .. !) A ces personnes qui persisteront dans l’autojustification, Dieu ne pourra que dire : « Que ta volonté soit faite ».

Voilà pourquoi il y a dans l’évangile cette phrase qui nous interpelle : « Promenant sur eux un regard de colère ». Phrase si difficile à entendre que la dernière traduction liturgique a supprimé la colère. Jésus promène sur eux son regard…  

Or il est toujours temps d’aimer. Même si nous étions ligotés, torturés, que Dieu nous fasse la grâce de sourire. Et si nous ne pouvions pas sourire, qu’il nous fasse la grâce de bénir dans notre cœur nos bourreaux. Tout en portant en nous la colère du Seigneur dont l’amour trois fois Saint est bafoué par la mauvaise foi.  

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